Il s’agit ici d’un jeu ennéagrammatique. Deux joueurs jouent sur un échiquier en forme d’ennéagramme.

Il y a 9 positions ou stations sur l’échiquier. Celui-ci est à considérer comme ennéagramme « vierge », sans référence à la caractérologie; les numéros commencent à 1 et montent du côté gauche 1-3-5-7 (ce sont les positions pour les « blancs ») et du côté droit 2-4-6-8 (les positions pour les « noirs »), se rencontrant enfin en haut à la position 9.

On pourrait envisager une « mise en scène » dans un espace circulaire ou quasi-circulaire à 9 positions. Il pourrait s’agir d’un espace réel, comme la Cathédrale de Coire avec ses 9 autels.

Le thème du jeu est annoncé à l’avance, afin que les joueurs puissent méditer là-dessus et planifier leurs coups. Les deux joueurs jouent en occupant des positions successives des deux côtés de l’ennéagramme et en annonçant leurs coups à haute voix. Ils peuvent en outre faire des liens explicites entre le contenu de la position qu’ils sont en train d’occuper et le contenu d’autres positions déjà occupées par l’un ou l’autre des joueurs.

« Blancs » et « Noirs » ont cinq coups chacun. Chaque coup vaut 5 points. Les joueurs peuvent gagner des points supplémentaires en faisant des liens au contenu de positions déjà occupées: 1 point pour un lien à une de ses propres positions, 2 points pour un lien à une position de l’adversaire. A la fin, les Noirs doivent occuper la position 9, continuant ce que les Blancs y ont mis et ainsi résumant le jeu. Les Noirs se voient confrontés par un défi plus grand que chez les Blancs, alors au début il faut une procédure quelconque pour déterminer qui est les Blancs et qui les Noirs. Le joueur avec plus de points accumulés gagne.

Dans une « mise en scène » (ludus sollemnis), il y a un Magister Ludi qui donne ses instructions aux deux joueurs, annonce le thème au public assemblé, préside et décide si les coups sont légitimes le cas échéant, et déclare le résultat à la fin.

Ce qui suit est une description des coups et des liens dans un tel jeu.

 

Thème du jeu: la solitude de l’exil et du prison conduit à l’écriture.

Coups

Coup 1 (Blancs) à la position 1

Saint Jean est exilé sur l’Ile de Patmos, où il est inspiré par le Saint-Esprit et écrit l’Apocalypse.

Coup 2 (Noirs) à la position 2

Ovide est exile à Tomi, pour de bon, où il écrit les Tristia.

Lien à la position 1 (St Jean): lui aussi est exilé par un empereur romain.

Coup 3 (Blancs) à la position 3  

André Chénier est mis en prison, écrit toujours, est guillotiné.

Coup 4 (Noirs) à la position 4

Chateaubriand est exilé, va en Amérique, puis en Angleterre, écrit ses ouvrages inspirés par le Nouveau Monde.

Lien à la position 3: Chénier est lui aussi victime de la Révolution française.

Coup 5 (Blancs) à la position 5  

Sade est emprisonné à la Bastille et puis à Charenton ; il écrit prodigieusement en prison.

Lien à la position 3 (Chénier) et à la position 4 (Chateaubriand): lui aussi est victime de la Révolution française.

Coup 6 (Noirs) à la position 6

Speer est emprisonné à Spandau pendant 20 ans ; il écrit secrètement ses mémoires et les fait publier après.

Lien à la position 5 (Sade) : c’est un homme qui sert le Mal.

Coup 7 (Blancs) à la position 7  

Thomas Mann est exilé par le Nazisme, ne revient jamais, mais écrit ses ouvrages comme Dr Faustus, « jeu de perles noires ».

Lien à la position 6 (Speer): ils sont des deux côtés du Nazisme.

Coup 8 (Noirs) à la position 8

Bertold Brecht est exilé par le Nazisme, écrit son poème « an die Nachgeborenen » et d’autres ouvrages.

Lien à la position 6 (Speer) et 7 (Mann): ils sont des deux côtés du Nazisme.

Coup 9 (Blancs) à la position 9  

Rousseau, exilé du territoire français, se réfugie sur l’Ile de St-Pierre en Suisse, où il écrit ses plus beaux passages des Confessions et des Rêveries.

Lien à la position 1 (St Jean) : lui aussi van en exil sur une île qui l’inspire.

Coup 10 (Noirs) à la position 9

Rousseau sur l’Ile de St-Pierre en parle comme d’un paradis, mais aussi d’un prison ; donc, l’exil peut être un prison ou un paradis pour l’écrivain, ou les deux à la fois.

 

Total des points : Blancs 5×5 = 25, plus 6, total 31 ; Noirs 5×5 = 25, plus 9, total 34. Les noirs gagnent.

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